.......En ce 15 décembre 1935, le Terrain du Ribéral (de Cerbère) accueille un somptueux Association sportive Cerbère contre le Stade port-vendrais. Le derby de la Côte Rocheuse. Personne ne veut rater ça. Mais pourquoi le cacher ? Il y a un peu (?) de déception au moment du coup d’envoi sifflé par M.Farré. Cerbère n’est pas au complet et ne pourra, semble-t-il, défendre la totalité de ses chances. Baco, Godail, Rousseil, Place et Duron, indisponibles, ne portent pas la casaque. Cinq titulaires, cinq hommes forts absents, c’est beaucoup. Le rendement de l’équipe va immanquablement s’en ressentir, pense-t-on communément... Et pourtant, faux ! Archi faux !... Les joueurs remplaçants s’accrochent, élèvent leur niveau de jeu, à tel point que les Port-Vendrais, titillés dans leur fierté, s’énervent, que le jeu s’anime puis s’envenime et… que « les deux packs se frictionnent », donnant du relief aux débats qui n’en manquaient déjà pas. Ouillade !!!
.......Le chroniqueur local n’apprécie guère, lui. Les membres du Bureau du Stade port-vendrais non plus d’ailleurs. Ils aiment les hommes en forme, le jeu d’attaque, le rugby lyrique, les folles cavalcades le long des lignes de touche, ballon au bout de doigts. Pas les luttes de tranchées. Les deux essais marqués (un de chaque côté, plus une transformation et un drop-goal de Font dans le camp de Port-Vendres, qui assurent le succès, 9 à 3) ne calment pas leur courroux. Oh que non ! Et ils le font savoir par communiqué, navrés qu’ils sont d’avoir vu le succès de leurs poulains (acquis sur le stade de l’adversaire, soulignons-le bien fort) contesté par une As.Cerbère incomplète, donc amoindrie. (Presque) un crime de lèse Port-Vendrais ! Presque !
.......Le communiqué donc. Signé « Le Bureau du Stade » et retranscrit pratiquement in extenso… « Depuis quelque temps déjà, nous remarquons que les entraînements du Stade port-vendrais laissent à désirer. Certains joueurs croient qu’il suffit de se présenter sur le terrain pour sortir vainqueur d’un match. Nous en avons eu la preuve dimanche dernier (…) où presque tout le monde a manqué la balle ou était à bout de souffle. (…) Messieurs, ce n’est pas en restant dans un café que vous arriverez à être champions du Roussillon. Nous savons que vous pouvez faire mieux que votre exhibition de dimanche. Nous vous avons vus à l’œuvre. Nous vous prions d’assister à tous les entraînements qui auront lieu le mardi et le vendredi soir à 20h30. » Et paf ! Que ces choses-là en termes galants sont dites ! En mots moins académiques, on appelle ça « une remontée de bretelles ». Silence dans les rangs ! On arrête les apéros et on court. C’est comme ça que l’on gagne.

.................................................................................... Jo Socdelac