......Jeudi 6 avril 1967, qualifiée sur trois tableaux, l’Usap prépare ses phases finales (Championnat, Du-Manoir, Béguère). Sous la conduite de l’entraîneur Jean Carrére et du capitaine Jo Maso, silence dans les rangs, on tourne, on pompe, on abdomine, on révise les passes, on peaufine le jeu au pied. Il faut être fin prêts. Dans trois jours, se jouent les 16èmes de finale du Championnat.
......Silence dans les rangs, sur le terrain, oui !... Silence dans les rangs, dans les tribunes, non !... Là, ça parle, ça décortique, ça suppute sec sur les chances usapistes en cette fin de saison. Et il y a un monde fou. Les stratèges de la mise en place de la taquataquetique rugbystique. Celle qui fait mouche à tous les coups… A telle enseigne que le rédacteur de L’Indépendant, Etienne Rudel, suggère : « Il y avait beaucoup de monde au stade Aimé-Giral pour assister à l’entraînement de l’Usap. Et peut-être le trésorier aura-t-il regretté de ne pas avoir sollicité la bourse de ses nombreux et fiévreux supporters. »… Allons bon, la vie est suffisamment chère et ne voilà-t-il pas que l’on pense le plus sérieusement du monde à faire bourse délier. Nos petits pépés retraités et amoureux transis de l’Usap vont devoir passer à la caisse pour assister aux séances d’entraînement.
......Idée saugrenue ?... Idée lumineuse ??... Idée déjà mise en pratique !!! Je t’explique… Saison 1910/1911. L’année où l’Asp évolue en Deuxième Division, va remporter le titre national et grimper en Première division. Le 25 septembre (1910), le club fait savoir que « les entraînements méthodiques » reprennent. Pour « les sportmen désireux de suivre les séances, l’entrée générale est fixée à 0f10. Gratuité pour les membres honoraires et actifs. » 400 personnes à la première séance. Recette non communiquée… On retrouve une initiative identique en 1913/1914. L’Asp est à présent en Première Division et les prix montent en flèche. De l’inflation galopante. Il faut débourser 0f25 pour assister aux entraînements. Mêmes gratuités, « sur présentation de la carte. »
......Bon ! Il me faut un matheux pour calculer l’augmentation en pourcentage. Moi, je ne sais pas faire. Mais j’imagine un truc… Si en deux ans, le prix d’entrée a été multiplié par 2,5, en cent ans de progression constante, le prix aurait été multiplié par 250. Tu vois un peu ce que le club se mettrait dans la poche. Il pourrait (peut-être) se payer un Fidjien (ou deux) de plus. Eh bien non !... Tu sais ce qu’ils font dans le rugby moderne ?… Ils ont inventé les entraînements à huis clos. Tu ne peux pas entrer. Tu ne peux rien voir… Je vais te dire un truc : « Ils n’y comprennent rien. »

............................................................................................................ Jo Socdelac