.....Le 1er février 1967 est un mercredi. Une Sélection du Languedoc-Roussillon reçoit l’équipe d’Australie (Fichtre !) sur le stade Gilbert-Brutus de Perpignan. Clément Grau, Jacques Tisseyre et Raymond Rebujentsont les régionaux de l’étape. René Aspart est remplaçant…Alors que nous sommes en milieu de semaine (mercredi), ils sont 10.000 (spectateurs) « et les autres », dit pudiquement le compte-rendu de match, pour les voir jouer. Ils « et les autres » (Comprends ce que tu veux. Moi, je pense qu’il y avait des profiteurs-resquilleurs) ne vont pas être déçus. Oh que non ! Ecoute un peu.
.....Dès la toute première minute de la rencontre, la classe parle… Coup d’envoi, touche suivie d’une mêlée, coup de pied à suivre, l’arrière australien cafouille, Clément Grau surgit comme un bolide, récupère le ballon et va en but. Mr Mac Mahon, arbitre de la rencontre ne peut que valider tant la conclusion est aussi rapide que limpide. Du cousu main. Et on s’enthousiasme dans les travées !... On fit bien. Parce que ce fut tout. Les Australiens marquant 12 points (à 5), les nôtres furent battus.
.....Mr Mac Mahon !!! Deux mots sur le directeur de jeu… Le compte-rendu cité plus haut nous dit qu’il « n’arbitrait que d’un œil. »… Dans ma naïveté légendaire, j’ai cru que le sujet de sa très gracieuse Majesté était borgne. Ce qui somme toute ne m’étonnait point, ma (petite) connaissance du rugby me remettant en mémoire qu’un match international (France/Ecosse du 1er janvier 1920), le match de reprised’après guerre (la Grande, la Première) avait été appelé « le match des Borgnes », trois joueurs présents sur le terrain ayant perdu un œil au Front à combattre l’ennemi. Le pilier du XV de France Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère, personnage toulousain succulent et borgne, avait face à lui deux Ecossais mal voyants que d’un oeil… Florent Cazenave n’est pas seul dans son malheur mais on était moins pointilleux dans les années 1920.
.....Je me disais donc qu’il était possible que l’arbitre soit borgne… Eh bien non ! Grossière erreur ! L’arbitre avait bien ses deux yeux mais « ne surveillait qu’un seul côté », celui de nos Languedo-Roussillonnais, naturellement. Il avait donc sciemment décidé de se « borgniser »… Mal lui en prit d’ailleurs. En fin de rencontre, l’ambiance fut houleuse et il dut regagner son vestiaire raccompagné par les dirigeants locaux et protégé par un cordon de police, tout aussi locale.
.....Tant pis pour lui ! L’hi volienfotreuna fart de jacous… Si la présence de protecteurs lui évita les coups, elle ne put empêcher les chastes oreilles de cet arbitre borgne d’emmagasiner quelques noms d’oiseaux de chez nous bien sentis. La connaissance intime du français de Molière, c’est bien connu et reconnu, passe également par là. Et tout se calma… Moralité : pour être un bon arbitre, il faut ouvrir les deux yeux. Sinon, gare !
............................................................................. JoSocdelac