.....Le Céret sportif est en Première Division (dans la poule de l’Usap et Narbonne). Le 6 novembre 1955, le troisième match de la saison conduit les Cérétans à Bayonne. Ils y perdent lourdement. 8 (2 essais : Pierre Albitre et Robert Maury plus 1 transformation de René Puig) à… 35. C’est un peu gros, avouons-le.
.....Quelques jours plus tard, le 11 novembre, le Docteur Vidal prend sa plus belle (?) plume et s’épanche dans « L’Indépendant ». Il assure que ses/ces « lignes sont écrites sans acrimonie et dans l’intérêt du club ». Il affirme qu’au cours du voyage aller, « le trajet s’est effectué dans la fumée des cigarettes et des pipes, et dans les railleries de certains éléments qui ont tout à apprendre quant aux règles de politesse que l’on doit à ses camarades de voyage. Ajoutez à cela, le goinfrage de certains qui ont banqueté le matin du match »… D’après le Docteur Vidal, tout ceci démontre « le manque d’autorité des dirigeants et de l’entraîneur qui n’ont pas su empêcher les joueurs de prendre un bain chaud le matin du match, ce qui n’est pas fait pour donner des jambes. »…
Paf ! Le rugby du Vallespir est en ébullition… Et pourtant !... Vrai, il n’est pas encore interdit de fumer dans les lieux publics…
Tout aussi vrai, quand on est en Pays basque, le jambon (de Bayonne), les piments (d’Espelette), le fromage (de la Vallée d’Ossau) ne laissent pas les appétits indifférents… Encore plus vrai, il n’est pas interdit de se faire un petit plaisir. Surtout quand on a 20 ans, quand on a l’occase de quitter le Vallespir et quand on déborde de vie… Oui mais, instruit par sa Faculté de Médecine et soucieux de la santé de tous (du Céret sportif surtout), le Metge Vidal sait que trop, c’est trop et « qu’entre poc i massa, la mida passa ».
.....Le 13 novembre, la réponse de François Raynal, l’entraîneur, recadre les débats. Il ne pouvait rester muet devant une telle attaque en règle. Il parle, lui  d’une « enquête sans fondement » et certifie que « le déplacement s’est déroulé normalement, animé par un esprit auquel doivent se soumettre les joueurs. »… En guise de « goinfrage », ses joueurs ont simplement avalé le repas jockey habituel. François Raynal certifie que son accusateur a été « trop pressé d’écrire à la légère des critiques inexactes » et prend la défense de ses joueurs, « des éléments courageux qui manquent d’expérience » et qu’il tient à réhabiliter.
.....Qui a tort ? Qui a raison ?... Je ne m’y risquerai pas… A mes yeux toutefois, soit le Docteur Vidal est un anorexique qui croit qu’un repas jockey au jambon-purée (sans vin) est un banquet médiéval, soit François Raynal confond la normalité et l’anormalité en termes de gastronomie… Pour la fumée des cigarettes, je me réjouis que les « addicts intostiqués » soient à présent tenus d’aller cloper ailleurs (qu’à mes côtés)… Pour les bains chauds qui coupent les jambes, je demanderai au Docteur Charly Haïech, éminence grise de la médecine cérétane fin 20ème et début 21ème siècles… Mais cette passe d’armes made in Vallespir par Indépendant interposé vaut son pesant de cerises.
..............................................................................Josocdelac.