J’ai fait comme toi, j’ai regardé Canal+ ce samedi après-midi 4 septembre 2014. J’ai fait comme toi, j’ai entendu Thomas Lombart s’extasier sur un drop-goal du demi d’ouverture parisien (Racing-Métro) Johan Goosen contre Montferrand… Les moyens modernes l’ont affiché sur l’écran comme étant tapé depuis 56 mètres… Un ballon de dégagement. Une récupération acrobatique. Un gars qui avance de deux pas pour trouver l’angle. Paf, le drop dans la foulée ! 3 points au bout du compte. Le geste superbe.
-Hé ! Dis-moi. Ca ne te rappelle rien ? Allez, creuse !... L’Usap a le même dans ses tiroirs. Je te promets, tu vas trouver… Il faut remonter au 4 juin 1994. L’Usap joue la finale du Challenge Yves-du-Manoir, contre Montferrand, à Dax… Eric Tréséné est un homme aux pieds d’or et pourtant il est dans les tribunes au moment du coup d’envoi. Remplaçant. Il entre quand Pascal Amalric, le titulaire se blesse. Il entre et fait chavirer le match à coups de pieds qui enfilent des pénalités qui confortent un score qu’un drop-goal a déjà bien gonflé. Johan Goosen/Eric Tréséné, même combat, même talent. Le même en mieux.
Eric Tréséné récupère un ballon sur le bord de touche, ne se pose pas de questions, arme son pied dans la foulée, paf ! 3 points qui font définitivement de l’Usap le vainqueur de la finale… Il n’y avait pas la Télé ce jour-là. Il n’y avait pas Thomas Lombard pour s’extasier. Il faut s’en tenir aux témoignages des spectateurs. Ils fluctuent entre 60 et 65 mètres… J’y étais. J’opte pour les 65 mètres. Le geste d’exception.
En cours d’été 95, Eric Tréséné a reçu une carte postale envoyée par un supporteur. Elle représentait le stade de Dax photographié depuis un avion. L’endroit d’où le drop-goal avait été tapé était matérialisé par une croix. La carte disait ceci : « Comme la feinte de passe de Noël Brazés, ton drop-goal mérite de passer dans l’Histoire de l’Usap. »… Il est comme ça des gestes. Des gestes qui marquent une vie.

Jo Socdelac